samedi 13 décembre 2008

Et Dieu créa La Foll'...

Tic tic… tic… « Approchez, approchez, messieurs, mesdames, c’est l’évènement de la décennie !... Que dis-je, l’évènement du siècle !... En exclusivité, pour vous, maintenant… Voici… La Foll’ au travail !... On applaudit l’artiste, s’il vous plaît !... La Foll’Muse !!! »  (Clap, clap, clap, clap…)... Tic.

On me presse d’enlever mon manteau, il est temps de commencer mon labeur. Je m’exécute. Déjà ma responsable a pris de l’avance et débute ses explications pratiques quant à mon rôle dans la scène… Je grelotte un peu en essayant de la suivre, car la pièce est étonnamment froide…

-« T’as vu ça !... ahahah !... J’y crois pas !... »
-« C’est pas vrai !... Rhoooo ! »
… Tic, tic… « Les vilaines jalouses ! »… Tic.

Au fur et à mesure de ma progression dans l’atelier, des murmures, des rires contenues, des exclamations… Toutes me dévisagent… Je suis nouvelle, c’est ça. Madame Planchat continue son monologue en pointant des tas de lieux du doigt, sans prêter attention aux gazouillis de ses abeilles.
-« Là, vous avez les casiers de provenances, ici, ceux des partances. Faîtes toujours attention aux étiquettes ! Vous êtes là pour tout vérifier et parfois il y a des erreurs et ceci est impardonnable ! Dans les boites, là-bas, il y a les oubliés, à coté, les destinations hasardeuses… Celles-ci, vous n’en êtes pas responsables, c’est mademoiselle Niote qui s’en charge. Elle travaille à mi-temps ici, vous ne la verrez que rarement… »

-« Elle n’a pas honte celle-là ! »
-« On sait comment elle a eu son poste… ».

Les voix se font de plus en plus fortes. Toutes ricanent et s’offusquent. Quand je les regardent, elles détournent les yeux et reprennent leurs messes basses… Je continue mon parcours, derrière une madame Planchat toute distraite par ses directives. Moi, je me sens de plus en plus mal. L’accueil est pour le moins virulent. Je me dis que je suis la nouvelle responsable et que ce n’est pas du goût de tout le monde… Je suis la nouvelle, je dois faire face, très certainement, à la méfiance des gens d’ici… Je fais comme ci de rien n’était… Une porte s’ouvre face à nous. Un jeune homme entre, les bras chargés de dossiers empilés. Il me regarde. La bouche bée, un tremblement, les bras lui en tombent et tout s’éparpillent autour de lui. Il s’agenouille et tente de réunir ceux qui se séparent, me jetant des regards rougissants et balbutiant des pardons et des je-suis-désolé. Madame Planchat se baisse pour l’aider, alors que je reste là, pétrifiée, tentant de comprendre les réactions étranges de tout ce petit monde.
-« Mais voyons, Georges, ne vous mettez pas dans des états pareils ! Votre timidité vous jouera des tours un de ces jours ! Voici votre nouvelle collègue, relevez-vous que je vous la présente !... Georges… Voici… ». Elle se retourne pour me faire face… « AAAAAAHHH ! MAIS VOUS ÊTES COMPLÈTEMENT MALADE MA PAUV’FILLE ! ». Elle m’attrape le bras, tremblante de sa colère qui rentre les ongles dans ma chair. Les rires et les exclamations fusent. Tout l’atelier se moque de moi et je ne comprends rien à ce qui se passe…
-« SORTEZ IMMEDIATEMENT D’ICI ! ESPECE DE FOLLE !!!... MAIS VOUS VOUS CROYEZ OU HEIN ?... NON MAIS VOYEZ-VOUS CA ! VOUS N’AVEZ DONC AUCUNE PUDEUR PETITE JEZABELLE ! » Elle m’entraîne au vestiaire et me jette mon manteau au visage, me met à la porte… « QUE JE NE VOUS REVOIS PLUS JAMAIS DANS MON ATELIER !... JAMAIS !... ». La porte me claque au nez et tombe d’un coup sec mon enthousiasme de l’avant. J’ai peur, très peur, à présent je ne sais plus quoi faire. Je cours, titubante de mes genoux qui ne me soutiennent plus que d’un fil… Sortir de cette maison de fou… reprendre le plus vite possible le chemin inverse et ne plus reparaître… Mon cœur, mon crâne explosent de chaque pulsion sanguine, ma vue se trouble… Je vais mourir à l’instant. Ma course effrénée se poursuit jusqu’au hall d’entrée, tout mon attirail sous le bras. Je sors dans la rue, m’assoie par terre et éclate en sanglots.
Mais que s’est-il passé ?... Pourquoi tant de rage inopinée ?... Je suis bien différente, maintenant je le sais !... Je dois être difforme… Il fait si froid… Il faut que je me cache…
Je pose mon matériel que je n’ai même pas eu le temps de rendre. J’enfile mon manteau de larmes et me blottis contre la chaussée en attendant d’être capable de me relever.


Tic, tic : « Le gouffre a toujours soif, la clepsydre se vide… ». Je pleure de plus belle…

Ainsi le temps passe et la porte s’ouvre.Georges apparaît et descend les quelques marches pour m’aider à me remettre sur pied.-« Je suis désolé, dit-il, mais il ne faut pas se promener dans une tenue pareille ! C’n’est pas que ça me dérange moi… ... Mais vous savez, c’n’est pas la tenue adéquat pour travailler ici… Pour travailler tout court d’ailleurs… Vous m’avez l’air d’une chic fille mais on pourrait vous mettre sur le trottoir dans cet accoutrement. ». Je n’y comprends rien. J’y suis de toute façon sur le trottoir à présent. Je le regarde sans savoir quoi répondre. « Ne vous inquiétez pas ! Demain elles auront tout oublié, même votre visage !... Elles ont un tout petit bocal, vous voyez ? Ahahah… Oui, bon… Revenez plus décente et tout se passera bien ! Tenez, ça c’est mon numéro !... à tout hasard, si vous avez besoin de quoique ce soit, appelez-moi !... Rentrez chez vous, maintenant et à demain, j’espère ! »… Et il s’engouffre dans la boite immonde… Je n’ai pas tout compris mais je fais ce qu’il dit. Je reprends mon souffle et le chemin de ma gloire à l’envers.


Mes pas résonnent sur le trottoir, je me dépêche. Si je cours, cela ne sera jamais arrivé...

Posté par Jungleguu à 15:23 - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur Et Dieu créa La Foll'...

    C'est cool ! Du coup ça fait un peu tâche de lâcher son com' juste après le journal de la Foll'muse, donc j'ai répondu sur mon blog à ton message.
    J'attends la suite avec impatience (et avec des dessins :p) !

    Posté par Djiwom, jeudi 18 décembre 2008 à 18:52 | | Répondre
  • Je vous en prie
    (et t'as pas répondu : avec des dessins ?)

    Posté par Djiwom, jeudi 18 décembre 2008 à 21:44 | | Répondre
  • ah ah!?...

    Pas de dessin pour celui-là!
    Mais la prochaine page il n'y aura quasiment que ça!^^
    Histoire de casser un peu le rythme...

    Posté par LaFoll'Muse, vendredi 19 décembre 2008 à 08:04 | | Répondre
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